Retour à tous les messages

Les « ferries volants » de Candela à l'honneur sur Euronews : ramener les navetteurs sur l'eau

Candela P 12 sur Euro News

Une visite chez Candela, à Stockholm, a permis de découvrir de plus près l'hydroptère électrique P-12 et de comprendre comment ces ferries volants pourraient rendre les trajets maritimes plus propres, plus silencieux et plus efficaces.

« Bienvenue à bord du premier prototype du ferry P12. Nous l’avons mis à l’eau il y a près de trois ans. Depuis, nous avons construit de nombreux bateaux. » Gustav Hasselskog, PDG de la société suédoise Candela qu’il a fondée en 2014, monte à bord d’un navire futuriste amarré dans le port de Frihamnen, à Stockholm.

La technologie des hydroptères rend les trajets en ferry électrique plus fluides et plus efficaces

Comme le décrit Euronews, le Candela P12, un bateau bas et élancé qui s'éloigne du quai, ressemble davantage au fuselage d'un avion qu'à un ferry régional traditionnel. « Nous allons monter à pleine puissance jusqu'à 17, puis le bateau se soulève au-dessus de l'eau et nous volons alors à environ 25 nœuds. »

Alors que le capitaine Lars Billström annonce les chiffres depuis la timonerie, le navire de 30 places s'élève en douceur au-dessus de la surface, porté par des ailerons hydrodynamiques commandés par des ordinateurs embarqués. Le tangage habituel des traversées en ferry disparaît, et le sillage est quasi inexistant, tandis que les rives de Stockholm défilent en silence.

« Lorsque nous sortons le bateau de l’eau, la résistance hydrodynamique diminue de 80 à 85 % », explique le capitaine. « Et nous pouvons recharger complètement ce bateau en environ une heure. »

Après s'être d'abord lancé dans la conception de bateaux de plaisance électriques à grande vitesse, Gustav Hasselskog mise désormais sur le marché mondial du transport de passagers pour les trajets quotidiens. « Nous réduisons la consommation d'énergie d'environ 80 %, ce qui permet de réduire considérablement les coûts de carburant ; c'est bien moins cher que d'exploiter des ferries diesel traditionnels », explique-t-il.

« Le P12 est le premier bateau électrique à hydroptères de cette taille au monde ; nous sommes la seule entreprise à proposer ce type d’embarcation. » Une réalisation qui a nécessité la résolution de problèmes techniques complexes.

« Par rapport à une voiture, un bateau de petite taille consomme 15 fois plus de carburant au kilomètre. Mais si l’on souhaite utiliser des batteries, celles-ci contiennent beaucoup moins d’énergie que le diesel ou l’essence, ce qui pose un véritable défi. »

La réponse est venue d'une nouvelle exploration de la technologie des hydroptères.

« Les hydroptères, ce sont des ailes que l’on place sous l’eau et qui permettent de soulever tout le bateau hors de l’eau. Il s’agit en gros de la même technologie que celle utilisée pour les avions. La principale différence avec un avion réside dans le fait que, sur un bateau, le centre de gravité se trouve au-dessus du point de portance. On se retrouve donc avec un engin qui a du mal à rester en suspension. C’est un défi technique fascinant que de rendre stable quelque chose d’instable. »

Pour ce faire, le Candela P-12 utilise des ordinateurs, des capteurs et des logiciels qui mesurent la position du bateau lorsqu’il s’élève au-dessus de la surface de l’eau.

« Ils ajustent l’angle du système d’ailettes 100 fois par seconde pour stabiliser le bateau. Cela permet une navigation beaucoup plus douce », explique Mikael Mahlberg, responsable de la communication chez Candela, à bord de l’un des plus petits bateaux de loisirs électriques à foils de la marque, qui glisse à pleine vitesse, silencieusement et sans à-coups, à un mètre au-dessus de la surface de l’eau.

« Nous rendons la navigation plus agréable, tout en réduisant les coûts d’exploitation et en préservant l’environnement des émissions, des déversements d’hydrocarbures, du sillage et du bruit. Et lorsque nous longeons les côtes, nous ne provoquons pas d’érosion. »

La demande mondiale augmente alors que Candela étend sa production au-delà de la Suède

Sur le site de production de Candela, situé au nord de Stockholm, la production du modèle P12 s'accélère pour répondre à la demande, avec des commandes en provenance d'Inde, de Thaïlande, d'Arabie saoudite, des Maldives et des États-Unis, auxquelles s'ajoute un récent contrat norvégien portant sur vingt ferries, ce qui constitue à ce jour la plus importante commande au monde de flottes d'hydroptères électriques.

L'Europe reste toutefois le marché le moins dynamique de Candela.

« En Europe, ce genre de transition vers une nouvelle technologie prend beaucoup de temps. Il faut passer par de longs processus politiques et d’appels d’offres publics qui peuvent s’avérer terriblement lents », explique Gustav Hasselskog. Il reste néanmoins confiant.

« Les voies navigables constituent le mode de transport le plus ancien en Europe et ailleurs dans le monde, mais elles sont sous-exploitées. Nous pouvons les remettre au goût du jour d’une manière innovante. »

Candela prévoit de faire passer ses effectifs de 250 à 1 000 employés et d'ouvrir une nouvelle usine en Pologne.

Selon M. Hasselskog, cette croissance doit reposer non seulement sur la capacité à attirer les bons talents, mais aussi sur une culture d’entreprise forte. « Nous appelons cela la “gentillesse révolutionnaire”. Le côté “révolutionnaire” consiste à croire qu’avec les bonnes connaissances, on peut tout faire, à condition de respecter les lois de la nature. Le côté “gentillesse” réside dans la volonté de faire quelque chose de bien pour la société, tout en maintenant une culture interne conviviale. J’ai travaillé dans des organisations où régnait davantage une culture de la peur. Cela peut nuire à la créativité et à l’efficacité. Les esprits créatifs et libres de penser s’en vont, puis on avance très lentement, et ce n’est plus un plaisir. »